Dans certaines villes françaises, près d’un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Et contrairement aux idées reçues, ces communes ne se trouvent pas uniquement dans le Nord. La Réunion et la région parisienne sont également très représentées.
Mais quelles sont réellement les villes les plus pauvres de France ? Comment mesure-t-on leur niveau de pauvreté et pourquoi les écarts sont-ils aussi importants d’un territoire à l’autre ?
Découvrez le classement des 20 communes les plus touchées, les chiffres à connaître et les raisons qui expliquent ces inégalités.
🧠 L’essentiel à retenir :
👉 Roubaix et Saint-Benoît arrivent en tête, avec un taux de pauvreté de 46 %.
👉 La Réunion et l’Île-de-France concentrent une grande partie des communes les plus touchées.
👉 Le classement porte sur les communes de plus de 20 000 habitants, selon les données Insee de 2021.
👉 Le taux de pauvreté mesure une proportion d’habitants, pas leur nombre total ni la qualité de vie d’une ville.
Classement des 20 villes les plus pauvres de France
Selon l’Observatoire des inégalités (voir les sources à la fin de cet article), Roubaix et Saint-Benoît partagent la première place du classement, avec 46 % de leurs habitants vivant sous le seuil de pauvreté.
Ce classement, publié en décembre 2024 à partir des données Insee de 2021, concerne uniquement les communes de plus de 20 000 habitants.
Il repose sur le taux de pauvreté monétaire, et non sur le revenu moyen ou le nombre total de personnes pauvres.
| Rang | Ville | Département | Taux de pauvreté |
|---|---|---|---|
| 1 | Roubaix | Nord | 46 % |
| 1 | Saint-Benoît | La Réunion | 46 % |
| 3 | Saint-André | La Réunion | 44 % |
| 3 | Grigny | Essonne | 44 % |
| 5 | Saint-Louis | La Réunion | 43 % |
| 5 | Saint-Joseph | La Réunion | 43 % |
| 5 | Le Port | La Réunion | 43 % |
| 8 | Aubervilliers | Seine-Saint-Denis | 42 % |
| 8 | La Courneuve | Seine-Saint-Denis | 42 % |
| 8 | Clichy-sous-Bois | Seine-Saint-Denis | 42 % |
| 11 | Creil | Oise | 40 % |
| 12 | Garges-lès-Gonesse | Val-d’Oise | 39 % |
| 13 | Le Tampon | La Réunion | 38 % |
| 13 | Pierrefitte-sur-Seine | Seine-Saint-Denis | 38 % |
| 15 | Stains | Seine-Saint-Denis | 37 % |
| 15 | Villiers-le-Bel | Val-d’Oise | 37 % |
| 17 | Saint-Denis | Seine-Saint-Denis | 36 % |
| 17 | Mulhouse | Haut-Rhin | 36 % |
| 17 | Béziers | Hérault | 36 % |
| 17 | Bobigny | Seine-Saint-Denis | 36 % |
Un constat ressort immédiatement : six communes réunionnaises figurent parmi les vingt premières, tandis que dix se trouvent en Île-de-France.
Le classement révèle ainsi une forte concentration géographique de la pauvreté, bien au-delà des anciennes régions industrielles.
Quelles sont les cinq villes les plus touchées par la pauvreté ?
Les premières places sont occupées par des communes aux profils très différents. Certaines ont subi la désindustrialisation, tandis que d’autres connaissent des difficultés économiques liées à leur territoire ou à l’accès à l’emploi.
1. Roubaix : 46 % de pauvreté
Située dans le Nord, à proximité de Lille, Roubaix partage la première place du classement. Près d’un habitant sur deux y vit sous le seuil de pauvreté.
Ancienne capitale française du textile, la commune a été profondément touchée par les fermetures d’usines. La disparition de nombreux emplois industriels a durablement fragilisé une partie de sa population.
Roubaix conserve pourtant un patrimoine remarquable, notamment le musée La Piscine, et bénéficie de sa proximité avec la métropole lilloise. Son taux de pauvreté ne résume donc pas toute sa réalité économique et culturelle.
2. Saint-Benoît : 46 % de pauvreté
À La Réunion, Saint-Benoît affiche également un taux de pauvreté de 46 %. Cette commune de l’est de l’île partage donc la première place avec Roubaix.
Les difficultés d’accès à l’emploi, les inégalités de revenus et les contraintes économiques propres au territoire réunionnais contribuent à cette situation.
La commune possède néanmoins de nombreux attraits naturels. Sa proximité avec les paysages verdoyants de l’est de l’île rappelle qu’un territoire peut présenter un fort intérêt touristique tout en connaissant d’importantes difficultés sociales.
3. Saint-André : 44 % de pauvreté
Toujours à La Réunion, Saint-André occupe la troisième place ex æquo, avec 44 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté.
Située dans le nord-est de l’île, la commune appartient à un territoire où l’accès à l’emploi reste un enjeu majeur. Les déplacements vers les autres bassins d’activité et les possibilités de formation influencent également les conditions de vie.
Saint-André possède pourtant une identité culturelle forte, notamment à travers son patrimoine tamoul. Un exemple qui montre pourquoi la richesse d’une ville ne se mesure pas uniquement à ses revenus.
4. Grigny : 44 % de pauvreté
Dans l’Essonne, Grigny affiche un taux de pauvreté de 44 %, malgré sa proximité avec Paris et les grands bassins d’emploi franciliens.
La commune est notamment connue pour ses ensembles résidentiels de La Grande Borne et de Grigny 2. Plusieurs programmes de rénovation urbaine cherchent à améliorer les logements et le cadre de vie.
Son classement illustre un paradoxe francilien : vivre à proximité d’une région économiquement dynamique ne garantit pas de bénéficier de ses opportunités professionnelles.
5. Saint-Louis, Saint-Joseph et Le Port : 43 % de pauvreté
Trois communes réunionnaises partagent la cinquième place : Saint-Louis, Saint-Joseph et Le Port, avec 43 % d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté.
Leurs profils économiques sont pourtant différents. Le Port accueille notamment d’importantes infrastructures maritimes et logistiques, tandis que Saint-Joseph et Saint-Louis possèdent d’autres caractéristiques territoriales.
Leur présence dans le classement souligne l’ampleur des difficultés économiques rencontrées sur l’île, au-delà des situations particulières de chaque commune.
Où se concentrent les villes les plus pauvres de France ?
La pauvreté monétaire ne se répartit pas uniformément sur le territoire français. Trois zones ressortent particulièrement du classement.
- La Réunion : six communes figurent parmi les vingt premières. Les difficultés d’insertion professionnelle et les inégalités de revenus y constituent des enjeux importants.
- L’Île-de-France : dix communes apparaissent dans le classement, principalement en Seine-Saint-Denis et dans les départements voisins. La proximité de territoires favorisés n’empêche pas de fortes disparités sociales.
- Les anciens bassins industriels : Roubaix et Creil illustrent les difficultés économiques persistantes de certains territoires marqués par la désindustrialisation.
L’Insee souligne également les écarts entre les pôles urbains et leurs couronnes. En 2021, le taux de pauvreté atteignait 19,4 % dans les pôles contre 10,7 % dans les couronnes, sur le champ géographique de son étude.
Ces différences rappellent qu’il faut analyser la pauvreté à plusieurs échelles : commune, quartier, bassin d’emploi et région.
Comment mesure-t-on la pauvreté d’une ville ?
Un classement peut changer selon l’indicateur retenu. Trois mesures permettent de mieux comprendre les écarts entre communes.
| Indicateur | Ce qu’il mesure |
|---|---|
| Taux de pauvreté | Part des habitants vivant sous le seuil de pauvreté |
| Niveau de vie médian | Montant qui partage la population en deux groupes de niveau de vie égal ou inférieur/supérieur |
| Nombre de personnes pauvres | Nombre total d’habitants sous le seuil de pauvreté |
Le taux de pauvreté
En France, le seuil de pauvreté monétaire correspond généralement à 60 % du niveau de vie médian national.
Le niveau de vie tient compte des revenus disponibles du ménage, après impôts directs et prestations sociales, ainsi que de sa composition.
Une ville affichant un taux de pauvreté de 40 % compte donc quatre habitants sur dix sous ce seuil. Cela ne signifie pas que ces personnes sont toutes sans emploi.
Le niveau de vie médian
Le niveau de vie médian partage la population en deux : une moitié dispose de moins, l’autre de davantage.
Cet indicateur permet de comparer les ressources des habitants entre communes. Mais il ne mesure pas directement la proportion de personnes pauvres.
Le nombre total de personnes pauvres
Une grande ville peut compter davantage de personnes pauvres qu’une petite commune, même si son taux de pauvreté est inférieur.
Selon l’Observatoire des inégalités, voici les cinq villes comptant le plus de personnes pauvres en 2021 :
| Ville | Personnes pauvres |
|---|---|
| Paris | 313 350 |
| Marseille | 201 069 |
| Toulouse | 92 498 |
| Nice | 76 710 |
| Lyon | 72 270 |
Paris arrive ainsi en tête en nombre de personnes pauvres, sans figurer parmi les communes présentant les taux les plus élevés.
Pourquoi certaines villes sont-elles plus pauvres que d’autres ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la concentration de la pauvreté dans certaines communes.
La désindustrialisation a notamment fragilisé des territoires comme Roubaix. Les fermetures d’usines ont supprimé de nombreux emplois, avec des conséquences durables sur l’économie locale.
L’accès à l’emploi constitue un autre facteur majeur. Les qualifications, les transports, les possibilités de formation et les conditions de recrutement peuvent empêcher certains habitants de profiter du dynamisme économique environnant.
Enfin, les inégalités territoriales jouent un rôle important. Les communes ne disposent pas toutes des mêmes infrastructures, services publics ou perspectives professionnelles.
Ces facteurs se cumulent parfois, ce qui explique pourquoi certaines villes connaissent des taux de pauvreté particulièrement élevés depuis plusieurs années.
Une ville pauvre est-elle forcément une ville où il fait mauvais vivre ?
Un taux de pauvreté élevé ne signifie pas qu’une ville est dangereuse ou désagréable à visiter. Il mesure une situation économique, pas la qualité de vie dans son ensemble.
Roubaix possède un patrimoine culturel remarquable. Saint-André et Saint-Benoît offrent un accès à des paysages et traditions réunionnaises particulièrement riches.
De même, les statistiques communales masquent parfois de fortes différences entre quartiers. À Marseille, le 3e arrondissement affichait par exemple un taux de pauvreté de 52 % en 2021, bien supérieur à la moyenne de la ville.
Si vous envisagez de visiter une destination ou de vous y installer, je vous conseille donc de ne pas vous arrêter à son classement. Les transports, les services, les emplois et le cadre de vie méritent tout autant votre attention.
Conclusion
Roubaix et Saint-Benoît occupent conjointement la première place des villes les plus pauvres de France dans le classement étudié, avec un taux de pauvreté de 46 %.
La forte représentation de La Réunion et de l’Île-de-France révèle toutefois une réalité plus large : la pauvreté concerne des territoires très différents, des anciennes villes industrielles aux communes ultramarines.
À mes yeux, ce classement doit surtout servir à comprendre les inégalités territoriales, et non à porter un jugement sur les villes ou leurs habitants.
Foire aux questions
Quelle est la ville la plus pauvre de France métropolitaine ?
Roubaix arrive en tête des communes métropolitaines de plus de 20 000 habitants, avec un taux de pauvreté de 46 % selon les données 2021.
Pourquoi Sainte-Foy-la-Grande n’apparaît-elle pas dans le classement ?
Sainte-Foy-la-Grande compte moins de 20 000 habitants. Elle est donc exclue du classement retenu, même si son taux de pauvreté est particulièrement élevé.
Où consulter le taux de pauvreté de sa commune ?
Vous pouvez consulter les statistiques locales sur le site de l’Insee, notamment celles issues du dispositif Filosofi. Certaines petites communes ne disposent pas de données publiées en raison du secret statistique.
Sources
https://www.inegalites.fr/Les-communes-les-plus-touchees-par-la-pauvrete-2086
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7941413?sommaire=7941491